Les marathons de l’IT

Il y a une semaine, j’ai terminé mon premier marathon. Durant ma récupération, il m’est apparu que l’expérience, aussi forte qu’elle soit, n’est pas si différente de nombreux projets IT.

Pourquoi se lancer dans ce défi ?

Mon objectif personnel était de retrouver la forme. En 2000, j’avais couru les 20 km de Paris en 1h40 mais depuis, chaque année apportait sa petite masse de « confort ». Si mes enfants étaient des garçons, ils commenceraient à me chahuter facilement au football ou autre activité sportive. Le marathon de Paris qui passe presque sous mes fenêtres représentait aussi un certain rêve qu’il vaut mieux essayer d’atteindre avant la cinquantaine.

Dans l’IT, le constat est souvent similaire même si les apparences peuvent être plus trompeuses puisque physiquement les équipements ne grossissent pas ou ne rouillent pas. Derrière les façades des serveurs ou des PC, les licences ne sont plus à jour, plus aucun développeur ne maintient l’application chez le fournisseur, des comptes utilisateurs restent dormants, etc. Oserez-vous rêver d’un SI à la pointe ?

Mais les freins sont nombreux…

Les freins sont multiples, y compris et surtout dans l’environnement proche. Pour le marathon, votre famille craint pour vous la crise cardiaque : tu ne cours plus depuis 10 ans ! ». Accessoirement, elle va devoir allouer un budget temps à l’activité. Ou tout simplement, elle ne vous croit pas capable de relever ce défi. Vous-même, à peine êtes-vous inscrit, le doute vous gagne et la ligne d’arrivée semble s’éloigner. Un petit secret des organisateurs de marathon est qu’ils annoncent le nombre d’inscrits et de « Finishers » (l’anglais triomphe ici aussi) mais peu souvent le nombre de partants, car c’est entre l’inscription et le départ que les défections sont les plus nombreuses.

Dans l’IT, il y a toujours quelques systèmes « critiques » qui justifient de continuer à ne rien changer. Aussi, passé l’inscription d’une envie, une idée à un « schéma directeur », « programme de transformation », combien de projets IT prennent réellement le départ ?

La préparation

Le constat qui permet de franchir cet obstacle consiste à se rendre compte que vous n’êtes pas le premier à relever ce même défi. Dès que vous prenez la peine de chercher, vous trouvez nombre de livres, de sites web dédiés, de coaching/programme de préparation à un marathon. Outre le plan d’entraînement indispensable qui s’appuie sur des retours d’expérience, il ne faut pas non plus oublier les équipements : vêtements spécifiques, montre multifonction sont autant « d’accessoires » qui sont tout sauf superflus. D’ailleurs, l’ensemble de ce dispositif est un investissement plus important que l’inscription elle-même (la course reste cependant un des sports les plus abordables).

Dans l’IT, cette phase de préparation et d’équipements prend d’autres formes comme des études préalables, des matériels de qualification/test, de la formation, des pilotes. Les projets qui réussissent investissent clairement dans leur succès.

La logistique

Au passage, il ne faut pas sous-estimer l’aspect « commodité » des phases de préparation. Je n’aurais pas envisagé cette aventure si les locaux de Setec à Paris n’étaient pas dotés d’une salle de sport avec douches et si le jardin des plantes, à deux pas, ne m’offrait la possibilité de m’entraîner une heure en toute facilité, deux midis par semaine. Avis aux ingénieurs qui veulent candidater chez Setec.

Dans l’IT, étonnamment, on insiste à mon avis insuffisamment sur les outils qui facilitent le déroulement aisé des projets : partage de fichiers pour réviser efficacement des documents, visio et web-conférence pour mobiliser des experts à distance, salle projet pour visualiser l’avancement projet (techniques de management visuel des méthodologies Lean), des solutions aisées de VPN et de prise de contrôle à distance, PC performants.

marathon-chaussure

Le mur

Le coureur préparé arrive donc au départ du jour J en ayant accumulé 200 à 300 km de courses (point de différence notable avec l’IT, le candidat marathonien ne peut outsourcer cet effort). Comme tout projet bien préparé, la conséquence immédiate est que les deux premiers tiers de l’effort se déroulent sans incident ou douleur particulière. Même pas un caillou dans la chaussure. Vous prenez le temps de vous arrêter au ravitaillement pour boire, manger, contrôler votre tempo. Bref vous gérez. En attendant d’arriver au-delà des 30 km, zone que vous n’avez jamais explorée dans les entraînements hebdomadaires et que tous les marathoniens racontent jalonnées de coups de pompe.

Effectivement, à ce stade, au premier faux plat (le qualificatif de côte serait excessif), vous éprouvez une difficulté insurmontable à continuer inlassablement à mettre un pied devant l’autre en courant. C’est là que vous comprenez un détail de l’organisation. Sur votre dossard, outre votre numéro, est inscrit votre prénom (et non votre nom) : les spectateurs qui voient ceux qui flanchent peuvent les interpeller directement pour les relancer (merci à ceux et celles qui ont trouvé les mots le long de la route pour m’avoir aidé à repartir à chaque fois).

Dans un projet IT, le support du management est crucial dans ces phases où l’arrivée n’est plus très loin mais semble inatteignable pour un obstacle quelconque et quelquefois imaginaire. D’autant que les cris de l’environnement ne sont pas tous au soutien.

La récupération

Même bien préparé, un marathon laisse des traces dans l’organisme. Il ne viendrait à l’idée de personne de se programmer une autre compétition dans la semaine qui suit. Pourtant, c’est ce que font nombre d’organisations avec leur IT comme l’a remarqué Serge dans son billet Prenez le temps de clôturez vos projets, vous serez plus efficace pour le suivant.

Même si comparaison n’est pas raison, ne soyez pas étonné si, dans les mois qui viennent, les analogies dont j’affectionne l’emploi sont plus sportives. Et bonne route pour les projets IT.